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Portrait d’Émile Martin

Portrait d’Émile Martin
attribué à Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823)
1973.1.1
1820-1830
Huile sur toile
H : 67 cm, L : 59 cm, P : 5 cm
Achat à Me Kolganoff




Ce portrait d’Émile Martin (1794-1871) est attribué à Pierre-Paul Prud’hon (1758-1823). Émile Martin, vêtu d’un manteau et d’une écharpe, est représenté de trois-quarts face. Sa prestance témoigne du statut de maître de forges, titre faisant référence au propriétaire et dirigeant d'établissement métallurgique de production de fer, de fonte ou d’acier.

Les grandes cités industrielles conçues par les maîtres de forges au XIXe siècle développèrent un ensemble d'œuvres sociales destinées au personnel. Créé en 1864, le Comité des forges regroupa les principaux maîtres de forges français, leur permettant d'étendre leur sphère d'influence dans le monde des affaires, de la finance et de la politique. Des dynasties de maîtres de forges se succédèrent, implantées dans des lieux propices à la production sidérurgique :  les Wendel à Hayange, les Dupont et Fould à Pompey, les Schneider au Creusot, ou encore les Martin à Fourchambault et Sireuil.

Né à Soissons en 1794 et décédé à Fourchambault en 1871, Émile Martin fit ses études à l’École polytechnique avant d’être admis à l’École d’artillerie de Metz, en 1814. En 1820, il épousa Constance Dufaud, fille de Georges Dufaud, directeur associé des forges de Fourchambault. Fondées en 1818, ces forges occupaient un emplacement favorable à la fabrication du fer : à proximité des forêts et du bord de Loire. Quatre ans plus tard, il créa la société de fonderie et constructions métalliques d'Art, Émile Martin et Cie, à Fourchambault. En 1828, il fut envoyé en Angleterre par le ministre de la Marine Jean-Guillaume Hyde de Neuville étudier la navigation à vapeur. Se liant avec l’ingénieur civil Robert Stephenson, il se passionna pour les chemins de fer. L’année suivante, il créa les fonderies de Decazeville, en Aveyron, puis devint officier de la Légion d’honneur en 1846 en qualité de propriétaire des forges de Fourchambault. Deux ans plus tard, il fut élu député de la Nièvre à l’Assemblée Constituante. En 1849, il fit construire des logements pour les ouvriers puis acheta des champs, afin de les inciter à se procurer un revenu agricole complémentaire.

Multipliant les innovations, Émile Martin quitta néanmoins la société Émile Martin et Cie, ne souhaitant pas dépendre d’un conseil d’administration. En 1852, il acheta donc une ancienne tréfilerie à Sireuil, en Charente, et la transforma en fonderie. Il y installa son fils Pierre-Émile (1824-1915). Tous deux entreprirent de multiples recherches et expériences sur la fabrication de l’acier. En 1863, ils aboutirent à la première coulée d’acier liquide à partir d’un four Martin. Le brevet fut déposé un an plus tard. Apparue quelques années après le procédé Bessemer, l’invention des Martin consista à associer un four à puddler et un régénérateur. Émile et Pierre-Émile Martin purent utiliser le principe de la cofusion de Réaumur grâce aux températures élevées permises par le four à sole avec réchauffage des gaz, breveté par Carl Wilhelm Siemens en 1856. Ce four fut utilisé par les Martin pour l’affinage de la fonte brute en acier :  on parle donc de procédé Martin-Siemens.
Ce procédé reposait sur l'utilisation d'un four à sole basique surmontant quatre chambres de briques réfractaires empilées dans lesquelles passait alternativement le courant des gaz de combustion, permettant d'atteindre et de maintenir plusieurs jours des températures supérieures à 1 600 °C. Le procédé permettait ainsi d’obtenir un acier de bonne qualité à partir d'un mélange de fers de récupération et de fonte.

Bénéficiant d’un succès rapide, le procédé Martin-Siemens s’imposa sur le marché face au procédé Bessemer, du fait de la qualité de l’acier produit. Son principal avantage était économique : il permettait la réutilisation des déchets métallurgiques qui, du fait du développement de la production de  l’acier, commençaient à représenter des quantités importantes. A la fin des années 1860, les licences du procédé Martin-Siemens furent achetées par la France, l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse ou encore les États-Unis. L’invention des Martin domina le marché de l’acier jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. En France, les derniers fours Martin disparurent vers 1980, laissant place aux procédés à oxygène et aux fours à arc ou à induction.